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N° 3 - OCTOBRE 2009
 

 
Editorial

La ville à la campagne...

"Il faut mettre la ville à la campagne, car l'air y est plus pur". Cet adage d'Alphonse Allais me revient en tête, suite à la lecture d'un des nombreux articles sur la bonne santé des abeilles en ville.

C'est au précurseur qu'était Alphonse Allais à qui je pense avant tout, plus qu'à l'humoriste, bien que les deux me semblent personnellement intimement liés. Je pense surtout à mes amis Cévenoles et Lozériens, dont les récoltes font pale figure face aux quintaux des miellées urbaines.

Effectivement, il est plus que temps de (re)donner aux abeilles de la campagne les fleurs de la ville.

Je suis de ceux qui du fait de mon grand âge, ont connu les champs de blés parsemés des tâches rouges et bleues des coquelicots et des bleuets. Je me souviens amoureusement de mon père en train de cueillir des poireaux sauvages entre les pieds de vignes (à l'époque, j'étais petit, j'aimais pas ça, quelle erreur...). Les champs et les cultures offraient une nourriture "débordante" aux abeilles et aux hommes.

Pour "l'Arbre aux abeilles", le passé est avant tout un opuscule pour envisager l'avenir. Dans notre prochaine gazette, nous évoquerons donc cette question cruciale, celle du rapport des abeilles et des fleurs, et comment, à notre petit niveau, nous pouvons favoriser le tapis floral de nos champs et de nos montagnes, afin que les abeilles de la campagne n'aient pas à rougir de leurs soeurs des villes.

En attendant, laissez nous vous conter les histoires et techniques de nos cycles de repeuplement. Cette gazette n°3 a la particularité d'être le pendant textuel de la nouvelle galerie photo intitulé "Repeuplement", que les plus curieux d'entre vous peuvent apercevoir depuis trois semaines. Nous vous conseillons de voguer à votre guise entre le beau texte qui suit et ces images.

Bonne lecture



 
 
 
État des lieux

Actuellement les ruchers traditionnels de ruche tronc sont quasiment tous abandonnés dans ce qui est devenu la forêt ou un reste informe d'une campagne qui avait été modelée au cours des siècles. Elle offrait un bel équilibre d'espaces ouverts et d'espaces boisées. A l'heure actuelle, en plein cœur du Parc National des Cévennes, il est clair que nous récoltons moins de miel qu'en ville. Pas de quoi chanter cocorico.

Dans les ruchers abandonnés subsistent très peu d'abeilles noires. Elles ont passé le double filtre du varroa, cadeau gracieux de l'apiculture productiviste (on ne le précisera jamais assez), ainsi que le filtre de l'abandon des ruchers. Cela fait deux filtres de sélection, à vrai dire pas si naturels que ça, mais néanmoins effectifs. D'où l'enjeu actuel de notre association, recueillir en toute urgence les souches résistantes d'abeilles noires encore disponibles,  les dupliquer pour les conserver, et quand le temps est propice créer à partir de là des essaims pour repeupler les ruchers troncs que nous restaurons, en général au rythme de un rucher par an.

Nous précisons bien que nous "commençons", car le travail sur les ruches troncs implique une acceptation profonde d'un autre rythme de travail, durable, à long terme.

Créer une reine fécondée dans notre zone conservatoire à partir de souche résistante puis la réintroduire avec succès dans une ruche tronc nécessite pas mal d'énergie et de temps... de patience et d'humilité. Là, les images que vous découvrez sont le résultat de plusieurs années d'expérimentations pas toujours fructueuses. Ce qui est le jeu de toute recherche.

Aussi, pour répondre à une question qui nous est souvent posée: "les ruches troncs peuvent-elles être rentables?" Nous répondons qu'elles sont et demeurent "rentables" mais pas au sens utilitariste, actuellement usuel du mot "rentable".

Voici donc comment nous nous y prenons pour repeupler une ruche tronc. 

Sauvegarde

Après avoir trouvé un rucher encore habité par des abeilles noires, le plus souvent parfaitement à l'écart des circuits de transhumance apicole, au printemps, soit ici début juin, nous prélevons un bout de rayon contenant des larves intéressantes dans le bas de la ruche tronc, par dessous, en la basculant.

Nous effectuons dans la foulée un greffage classique à destination d'une ruche à cadre orphelinée.

Puis nous introduisons les cellules royales dans des nucs* de fécondation, tels que nous ont appris à les utiliser et composer nos amis vendéens Claude Poirot et Frank Aletru. Entretemps la publication de "L'étonnante abeille" de Jürgen Tautz met en évidence, entre autre raffinements biologiques, le bien fondé de ce type de nucs, qui a l'avantage de ne pas causer de dépenses superflues (si te temps c'est de l'argent, l'argent c'est surtout de l'énergie, ce qui signifie que toute dépense superflue est une pollution). Ce type de nuc a surtout l'avantage majeur d'être réellement adapté aux exigences naturelles de la fécondation des reines.

Un nuc prospère pouvant ensuite donner un double ou triple nuc, etc, selon les urgences du moment.



 

Une fois nos jeunes reines noires bien fécondées dans notre zone conservatoire, et le nuc en pleine prospérité et gorgé d'abeilles, nous pouvons entamer le repeuplement.  Nous apportons le plus grand soin à l'installation des colonies agrégées autour de ces nouvelles actrices d'une carte génétique rescapée du fond des âges.

Évidemment, cela tient compte de l'appauvrissement des ressources florales, en nombre et en diversité, de l'affaiblissement général du vivant. Aussi nous ne nous contentons pas de verser les abeilles dans une ruche tronc inhabitée. Nous procédons aux préparations traditionnelles du nouvel habitat non plus carré mais rond. Et surtout nous profitons des avantages de la ruche rectangulaire pour repeupler le tronc. A savoir, nous laissons à la colonie la majeure partie de son habitat et l'avantage du couvain en cours et de ses réserves en miel et pollen.

Rompre le cadre

Pour cela, et c'est un moment émouvant, nous rompons en deux les cadres de hausses sur lesquels sont installés les abeilles, nous éliminons les supports aux deux extrémités. Et nous introduisons ces fragments de cadres chargés de miel, pollen et surtout de couvain, dans la disposition adéquate dans le tronc.

Et là, nos abeilles, manifestement heureuses de leur nouvel habitat, commencent aussitôt à rentrer du pollen.

Quelques jours après, à l'aide d'un petit récipient, boite à bonbons, vieux tupperware, dessous de pot,  etc, nous régalons les abeilles d'un sirop traditionnel à base d'eau de source, de miel, quelques autres merveilles, et de sucre destiné à l'alimentation humaine. Voir Alphandery " Le Livre de l'Abeille".

A la fin de l'été, si tout s'est bien passé la nouvelle colonie 100% lignée M issue de ruche tronc est prospère, suffisamment installée jusqu'en bas du tronc pour aborder l'hiver.

A la fin  de ce premier été, nous procédons à un traitement anti-varroa approprié. Car une ruche tronc destinée à être récoltée et donc de ce fait affaiblie, est tout aussi dépendante de nos soins qu'une ruche à cadres, du moins ici et maintenant.

Echos

Vous pouvez en savoir un peu plus et voir d'autres images dans le  numéro 1 du tout nouveau magazine francophone Atypiques, qui vient de paraitre.

Vous trouverez plus encore dans le livre "Chronique des ruches troncs, l'Arbre aux Abeilles", un beau petit livre de textes et de photos, paru aux éditions Gabriandre. ISBN 978-2-916923-15-4.

Et pour ceux qui veulent en savoir encore plus, il faudra venir nous voir dans nos montagnes. Plus nous explorons le savoir traditionnel, plus nous privilégions la transmission orale et la démarche d'apprentissage concret et poétique sur le terrain. Mais pour cela, il vous faudra attendre le retour des beaux jours. Sauf en ce qui concerne les travaux de fabrication de ruches et de restauration des ruchers.

Le mot "poétique" est réaliste. Comme le disait le précurseur francophone des Sciences Naturelles, Bernard Palissy (1510-?, date de décès inconnue dans une prison d'état de l'époque),  il y a 500 ans déjà, dans sa clairvoyance:

"... je vais fort t'étonner ! Mais il n'est nul Art au monde qui nécessite plus de Philosophie que l'Agriculture". sic  Bernard Palissy, simple potier de terre, fabriquant des rustiques figurines du Roi et de Sa Majesté la Reine, sa mère. in "Receptes par lesquelles les gentilhommes de France pourront augmenter leurs thrésors.

Allez, il y a pas mal à faire pour préparer l'hiver, couper du bois, ramasser des pommes, des mûres, des faînes et des églantines... et surtout veiller à ce que chaque ruche soit posée là où elle doit être et comme elle doit l'être.

Longue vie à vos abeilles: qu'elles soient noires, jaunes, vertes, zébrées, technicolor ou unicolores comme celles très merveilleuses de nos amis des hauts plateaux de Madagascar et de l'île de la Réunion.

 


*nuc:
Abréviation de Nucleus pour les Anglo-saxons.

Nucleus n.m. (pluriel Nuclei): En apiculture, c'est une petite colonie d'abeilles, dans un habitat de formes et tailles variables, parfois appelés ruchettes . Elles servent pour l'élevage ou le stockage des reines ou pour démarrer une nouvelle colonie. En biologie cellulaire, le nucléus ou noyau est un organite, présent dans la majorité des cellules eucaryotes, et contenant la plupart du matériel génétique de la cellule.